Existence
Au début il n’existait que cette énergie…
Ce cri intérieur que certains entendent parfois, imperceptiblement.
Un cri qui commence avant même cette première respiration qui fait couler la vie en nous et qui ne s’éteint que bien après notre dernier souffle de vie.
Puis enfin l’énergie, engendrée par l’expression d’une trop grande souffrance pousse le geste à ce joindre à ce son lancinant, aigu et grinçant jusqu’au déchirement.
Alors le mouvement se crée progressivement, avec une extrême lenteur, au rythme que la vie lui impose, au fur et à mesure de ce corps grandissant, de cette vie qui s’écoule et du temps qu’il faut au vieillissement.
Dans un très long étirement, paradoxal et infini, la tête s’incline en arrière, la nuque pliée jusqu’à se rompre, le cou tendu jusqu’à la déchirure, la bouche s’entrouvre enfin, puis s’ouvre tout entière, offrant un espace béant pour que l’air si engouffre jusqu’à noyer chaque petite alvéole pulmonaire de cet oxygène tant réclamé.
Et malgré cette gorge déployée, le son intérieur ne se fait toujours pas entendre à ceux qui ne prêtent pas leurs sens.
Le buste se cambre, les reins se cabrent, les épaules s’étirent en arrière tandis que les bras qui pendaient le long du corps, se tournent vers l’extérieur, paumes de mains ouvertes, doigts s’allongeant à l’infini vers le sol. Ces mains qui implorent et supplient que l’on veuille bien répondre à tant d’incompréhension.
Puis ses mains qui semblaient demander "pourquoi ?" finissent par se rejoindre, les doigts s’entremêlent en une prière silencieuse faite à la terre. La pression vers le sol est si grande et le poids qui pèse sur ce corps si lourd que les genoux finissent lentement par céder, un à un, ils fléchissent jusqu’à toucher terre. A genoux, dans cet étirement maximal, de ses bras tirant vers le bas tandis que le corps s’allonge dans une grande courbe vers le haut, formant ainsi une opposition, un arc qui laisse suffisamment d’espace enfin à ce cri qui se fait entendre. Il commence dans un long sifflement pour gagner progressivement en intensité. Il est d’une puissance telle qu’il emplit tout l’espace. Comme un souffle d’une rare violence il balaie tout sur son passage et s’étend jusqu’au fin fond de l’univers.
Puis, dans un effet boomerang, la pression se relâche, le corps se détend et laisse retomber en une masse mole et flottante tout ce qui a été tendu à l’extrême. Le son demeure pourtant encore un temps, pour finir par s’éteindre au bord des lèvres, ne laissant plus qu’après son passage qu’un calme plat qui raisonne encore, pour l’éternité, de son souffle de vie et de son existence.
Noute